La conservation en terres privées des espaces naturels québécois ne date pas d’hier. La Société Provancher d’histoire naturelle du Canada souligne d’ailleurs son 100e anniversaire cette année. Certes, les choses ont changé au Québec depuis. De nombreux organismes de conservation se sont formés et ont perfectionné leur expertise au fil du temps. L’éventail des acteurs en conservation inclut maintenant des gouvernements locaux et des propriétaires fonciers privés, si bien qu’aujourd’hui, une variété d’organisations et leurs représentants s’impliquent dans la conservation des éléments naturels du territoire québécois. Plein de bonne volonté, sont-ils pour autant de bons gestionnaires en conservation ?

Dans le contexte actuel de cette discipline, les administrateurs et gestionnaires impliqués se doivent de posséder ou de développer des aptitudes qui permettront à leur organisme d’atteindre des sommets ou même de s’adapter dans un contexte de changements politiques et autres. La conservation se présente aujourd’hui comme étant plus complexe, impliquant par exemple des efforts collaboratifs et un regard vers l’avenir afin d’anticiper les changements à venir. Naviguer à travers cette complexité, en conservation mais aussi au-delà de l’environnement immédiat de la conservation, requiert une direction claire portée par un fort leadership administratif.

Ce leadership se définit par les aptitudes, les comportements, les attitudes et le jugement nécessaires pour guider les organismes et les individus vers un objectif commun, et non par les traits de caractère d’une personne. Être un bon leader en conservation n’est donc pas inné ; tous ont l’opportunité de le devenir et pour y exceller, certaines compétences sont incontournables.

De nombreux articles portent sur le leader d’entreprise profitable, mais peu vise celui en conservation. Peu ou pas de formation académique n’existe d’ailleurs pour devenir un leader en conservation ; on le devient souvent par la force des choses, lorsqu’on gravit les échelons au cœur d’une organisation, de bénévole à employé ou de chargé de projet à gestionnaire par exemple. Considérant les conditions spécifiques de la pratique en termes de financement, de complexité et d’incertitude, quelques compétences nécessaires en conservation se distinguent de celles d’autres disciplines du leadership.

Photo par Jehyun SungUnsplash

Des aptitudes techniques, certes, mais les aptitudes sociales priment

Les compétences techniques (techniques d’inventaires, connaissance de la biologie des espèces, etc.) sont reconnues comme étant essentielles, mais seules, elles créent souvent des « idiots savants » (expression peu flatteuse, je l’avoue) que l’on peut traduire par des personnes ayant des compétences scientifiques et des aptitudes pour la résolution de problèmes concrets et spécifiques à leur pratique. Certes, ces personnes permettent de supporter les actions de conservation, mais manquent considérablement de compétences interpersonnelles et sociales permettant d’implémenter les activités de conservation. 

Pour cette raison, on attribue à un bon leader en conservation des aptitudes fortes en relations interpersonnelles. Les communications efficaces et l’écoute sont vues comme étant des habiletés importantes dans ce domaine. Cela lui permet d’engager ses troupes et d’autres gens d’intérêt envers la mission.  

Une vision et des orientations claires mènent à l’action

Le leader en conservation efficient doit avoir une vision large et à long terme des objectifs de son organisme, lequel devient à son tour efficient dans la réalisation d’initiatives de conservation. Il se donne un plan d’action clair et peut ainsi focaliser les ressources sur ce qui est prioritaire. Il sait rallier les supporters dans son organisation, mais aussi à l’extérieur, en support à la mission. Il est donc capable de verbaliser la vision de son organisme, mais aussi de la vulgariser et la rendre inspirante pour sensibiliser tous les publics.

Une situation à laquelle les acteurs du milieu n’accordent pas suffisamment d’importance (et qui ne semble pas se limiter au Québec) : un bon leader en conservation voit le temps et l’argent comme les ressources pour atteindre des objectifs et non comme des ressources limitées. Nous devons changer ce paradigme trop facilement excusable et innover pour avancer, et ce malgré un investissement bien trop souvent inférieur à celui d’autres pratiques.

Le leader possède une vision réaliste de l’environnement de la conservation. Pourtant, cette discipline est formée d’incertitudes scientifiques. Cette réalité inévitable confirme le besoin d’une gestion adaptative, peu importe qu’elle soit passive ou active, plutôt qu’inflexible. Dans ce but d’avancer, un bon leader en conservation permet des compromis lorsque nécessaire, et des erreurs. Pour ce faire, il accorde sa confiance à ses collègues et supporters.

À sa juste valeur

Le leader en conservation doit porter des valeurs respectueuses de la mission qu’il mène et doit faire preuve d’intégrité en tout temps. Ce dernier doit faire la démonstration des comportements qu’il attend des gens qui l’entourent. Ce n’est pas rare qu’une majorité des leaders en conservation soit d’ailleurs des passionnés de la nature, malgré que ce ne soit pas une prérogative. Leur passion rejoint les causes auxquelles ils se lient.

De façon juste, un bon leader outille ses collaborateurs afin qu’ils puissent agir avec succès et grandir. Il reconnait leur contribution et célèbre leur réussite. Le micromanagement n’a donc pas place.

Des aptitudes complémentaires en conservation

Uniques au domaine de la conservation, la gestion de conflit et l’établissement de partenariats sont deux capacités que l’on retrouve chez un bon leader. L’inclusion des parties prenantes dans les démarches de conservation, en partant de bases communes, résulte en des scénarios gagnant-gagnant essentiels ; les objectifs environnementaux sont peu atteints sans cette collaboration multipartite.

Des comportements à éviter

Du peu de littérature disponible sur le leadership en conservation, certains comportements sont toutefois identifiés comme étant contradictoires à l’environnement de la conservation. Un leader misant sur l’atteinte de ses propres objectifs et buts au détriment de ceux d’un projet, de son organisation ou de la mission générale de la discipline n’est pas un modèle de bonnes pratiques. Il en est de même lorsqu’il ne consulte pas ses pairs et les parties prenantes, lorsqu’il est le seul décideur, lorsqu’il se distance et se détache de son équipe.

Qui sont ces bons leaders et leur relève ?

Le bon leader en conservation n’est pas toujours un gestionnaire nommé, mais peut aussi être celui qui mène les offensives et les actions, et qui démontre de l’initiation au sein d’un organisme. Faute d’un gestionnaire, ces comportements sont aussi ceux recherchés lorsqu’un organisme se forme et désigne un président, car c’est lui qui guide le Conseil en ce qui a trait à la surveillance des orientations stratégiques et du rendement d’un organisme.

Les organismes de conservation actuels pensent-ils à la relève, aux leaders de demain ? Particulièrement en conservation, de nombreux projets et actions sont menés à long terme, il est important de répondre à cette question. La différence entre un bon leader en conservation ou non peut assurer ou, au contraire, terminer les acquis durement mis en place seulement par son attitude envers les parties prenantes, les employés, les bénévoles et les supporters à la mission. Une bonne compréhension des compétences et des qualités recherchées, de l’environnement de l’organisation même et des valeurs véhiculées dans la pratique sont de mise pour identifier, former et évaluer les bons leaders.

Alors, un leader en conservation se cache-t-il en vous ?

Photo par Jonny Caspari, Unsplash

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